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REGARDS DE PARTICIPANTS

CAFÉ PARLER

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10 octobre 2026

Quand aider les autres nous questionne sur nous-mêmes

Réflexions autour de l’entraide, des rôles que nous jouons et de la nécessité de préserver notre équilibre émotionnel.

Un regard de Fatima Zahra Moustakir, Artiste peintre.

Notre pause-café a été l’occasion d’aborder un sujet aussi universel que profondément personnel : notre rapport à l’aide, à ce besoin de donner, de soutenir, d’être présent pour les autres, parfois même au détriment de nous-mêmes.


Pourquoi certaines personnes semblent-elles porter tant de choses sur leurs épaules ? Pourquoi éprouvons-nous parfois ce besoin presque irrépressible d’aider, de prendre en charge, de trouver des solutions, même lorsque personne ne nous l’a demandé ?


Derrière ces comportements se cachent des motivations multiples. Chacun arrive avec son histoire, son bagage émotionnel, ses croyances et ses expériences. Nous pouvons aider par générosité, par amour, par sens du devoir, mais aussi par difficulté à dire non, par besoin de reconnaissance, de nous sentir utiles, importants, aimés, ou simplement de donner du sens à notre existence.


Et souvent, ces motivations s’entremêlent sans même que nous en ayons pleinement conscience.


Mais une question essentielle se pose : qu’est-ce que cette posture d’aidant vient puiser en nous ?


Car aider mobilise du temps, de l’énergie, de la disponibilité mentale et émotionnelle. Et lorsque nous donnons beaucoup, parfois sans limites, nous pouvons finir par éprouver de la fatigue, de la frustration ou de la déception. Notamment lorsque, à notre tour, nous avons besoin de soutien et que celui-ci ne vient pas.


Nous découvrons alors que derrière un geste que nous pensions totalement désintéressé se cachait peut-être aussi une attente, parfois silencieuse, de réciprocité.


Le triangle de Karpman : des rôles qui ne nous définissent pas

Nous avons également évoqué le triangle dramatique de Karpman, qui décrit trois postures relationnelles : le Sauveur, la Victime et le Persécuteur.


Ce qui m’a semblé particulièrement intéressant, c’est de comprendre que ces rôles ne constituent pas des identités figées.


Au cours d’une même journée, nous pouvons passer de l’un à l’autre. Nous pouvons vouloir sauver quelqu’un le matin, nous sentir victimes d’une situation quelques heures plus tard, puis adopter une posture de persécuteur lorsque la frustration ou la colère prennent le dessus.


Ces mouvements font partie de la complexité de nos interactions humaines. L’enjeu n’est donc pas de prétendre ne jamais adopter ces postures, mais plutôt de ne pas nous y installer durablement.


C’est là qu’intervient la conscience de soi.


Être capable de s’arrêter et de se demander : Qu’est-ce qui m’anime à cet instant ? Pourquoi ai-je besoin de sauver cette personne ? Pourquoi est-ce que je me sens victime ? Qu’est-ce qui déclenche chez moi cette attitude de persécuteur ?


Mettre de la conscience sur ces mécanismes, c’est déjà commencer à reprendre la main sur nos réactions et à sortir des automatismes relationnels.


La vie, un électrocardiogramme du coeur


Cette réflexion m’a également ramenée à une image : celle d’un électrocardiogramme.


Notre vie émotionnelle ressemble finalement à ces courbes qui montent et qui descendent.


Il y a des périodes où notre estime de nous-mêmes est au plus bas, où nous doutons, où nous nous sentons vulnérables. Et puis il y a ces moments où nous retrouvons notre assurance, notre énergie, notre équilibre.


Et pourquoi pas ?


Pourquoi faudrait-il être constamment fort, constamment sûr de soi, constamment dans la bonne posture ?


Ces fluctuations font partie de la vie. Elles témoignent de notre humanité.


Le véritable problème n’est peut-être pas de traverser des moments difficiles ou d’adopter ponctuellement certaines postures, mais de rester figé dans un état dont nous n’arrivons plus à sortir.


L’équilibre émotionnel ne serait donc pas une ligne droite, mais plutôt cette capacité à retrouver du mouvement, à nous ajuster, à évoluer.


Une intervention qui m’a particulièrement interpellée


Parmi les échanges, l’intervention d’une participante m’a particulièrement marquée.


Elle expliquait qu’elle avait appris, avec le temps, à ne plus proposer systématiquement son aide lorsqu’aucune demande ne lui avait été adressée.


Auparavant, elle intervenait spontanément, anticipait les besoins, cherchait des solutions, prenait en charge des situations qui ne lui appartenaient pas nécessairement.


Aujourd’hui, elle a choisi d’attendre qu’une demande soit clairement formulée.


Cette évolution lui a permis de préserver son énergie, de limiter certaines déceptions et, surtout, de ne plus s’enfermer dans cette obligation permanente d’être disponible pour les autres.


Mais ce qui m’a le plus intéressée, c’est que son apprentissage s’est fait dans les deux sens.


Elle a appris à attendre que l’autre exprime son besoin, mais aussi à formuler elle-même une demande lorsqu’elle a besoin d’aide.


Une démarche qui paraît simple, presque évidente, et qui pourtant transforme profondément notre manière d’entrer en relation.


Entre l’aide et le devoir : une frontière à interroger


Cette intervention m’a immédiatement renvoyée à mes propres croyances.


Car, dans mon fonctionnement, il existe certaines choses que je ne considère même pas comme des aides. Je les considère comme des devoirs.


Et lorsqu’il s’agit d’un devoir, la question de la demande ne se pose même pas. On agit parce que cela nous semble naturel, évident, parce que cela fait partie de ce que nous estimons devoir faire.


Mais c’est précisément là que la réflexion devient intéressante.


Ce que je considère comme un devoir l’est-il réellement, ou est-ce une obligation que j’ai moi-même construite, intériorisée, au fil de mon histoire et de mes expériences ?


Où commence le devoir et où commence le service rendu ?


À quel moment une aide librement consentie devient-elle une obligation que nous nous imposons ?


Cela ne signifie évidemment pas qu’il faudrait attendre une demande explicite pour assumer nos responsabilités ou intervenir dans une situation qui le nécessite. Il s’agit plutôt d’apprendre à distinguer les responsabilités qui nous incombent réellement de celles que nous nous attribuons spontanément.


Et cette distinction peut profondément changer notre manière de donner.


Apprendre à demander, apprendre à laisser demander!!!!


Finalement, ce que cette participante nous a transmis, c’est peut-être une autre manière d’envisager l’entraide.


Une relation dans laquelle chacun peut exprimer ses besoins, proposer son soutien, mais aussi reconnaître les limites de ce qu’il peut offrir.


Attendre une demande ne signifie pas devenir indifférent. Cela peut aussi être une manière de respecter l’autonomie de l’autre, de lui laisser la liberté de solliciter ou non notre intervention.


Et inversement, demander de l’aide ne signifie pas être faible. Cela suppose simplement d’accepter que l’autre ne puisse pas toujours deviner ce dont nous avons besoin.


En réalité, cette double démarche permet de sortir d’un système où les attentes restent implicites, où chacun suppose que l’autre devrait savoir, comprendre ou agir spontanément.


Elle introduit davantage de clarté, de liberté et de responsabilité dans la relation.


Ce que je retiens de cette pause-café


Je repars de cet échange avec une conviction : aider est une belle chose, mais comprendre pourquoi nous aidons est tout aussi important. Il s’agit d’apprendre à aider avec conscience .

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